Dans les couloirs des bibliothèques, au sein des laboratoires, ou derrière l’écran d’un étudiant pressé, un même dilemme traverse désormais la vie académique : comment produire du savoir fiable dans une société saturée d’informations ? L’accès immédiat aux textes, aux données et aux images a transformé le rapport à l’originalité. Or, la progression des connaissances repose sur un pacte silencieux : chacun apporte une pierre identifiable, et les pierres précédentes sont reconnues. Quand ce pacte se rompt, la confiance s’effrite, parfois sans bruit, mais toujours avec des effets durables.
Fraude scientifique et plagiat se rencontrent souvent dans le débat public, alors qu’ils renvoient à des mécanismes distincts. L’un peut manipuler la méthode ou les résultats, l’autre s’attaque à la paternité d’une œuvre ou d’un texte. Pourtant, leurs impacts convergent : articles trompeurs, carrières faussées, financements détournés, et lecteurs induits en erreur.
Pour illustrer ces mécanismes, plongeons dans une université fictive, « Valmont ». Une enquête interne y suit un fil simple : un mémoire très bien noté, puis une thèse, puis une publication rapide. Enfin, un signalement surgit. Qui a écrit quoi, et sur quelle base ? Au cœur du dossier, on retrouve des enjeux juridiques, mais aussi des blessures humaines et une exigence : préserver l’intégrité qui rend la science crédible.
- La fraude scientifique vise souvent les résultats (falsification) ou la méthode, tandis que le plagiat porte sur l’appropriation d’une forme, d’une structure ou d’une expression.
- Le Code de la Propriété Intellectuelle encadre la contrefaçon, tandis que les commissions disciplinaires traitent les manquements déontologiques.
- L’IRAFPA observe que la majorité des cas relèvent d’une négligence déontologique, même si la fraude intentionnelle existe.
- La prévention passe par la formation : apprendre à citer (voir nos règles de citation), à tracer ses emprunts et à déclarer les réutilisations.
1. Un contexte bouleversé : l’authenticité à l’épreuve de la société de l’information
Depuis que l’accès aux contenus est devenu instantané, la tentation de dupliquer s’est banalisée. Pourtant, la création scientifique repose sur une traçabilité : d’où vient l’idée, comment elle est testée, et qui en assume la formulation. Ainsi, la recherche gagne en solidité lorsque chaque étape laisse une empreinte vérifiable.
À l’université Valmont, une doctorante, Lina, décrit une pression familière : publier vite, répondre aux appels à projets, et démontrer sa “productivité”. Dans ce climat, certains glissent vers des pratiques discutables. Dès lors, l’enjeu n’est pas seulement moral : il devient institutionnel, car un résultat douteux peut entraîner d’autres équipes dans une impasse coûteuse.
Ce cadre explique pourquoi l’authenticité n’est pas un luxe. Elle constitue un mécanisme de sécurité collective, au même titre que la relecture ou la reproduction des expériences. Autrement dit, l’originalité traçable protège autant l’auteur que le lecteur.
2. Définir le Plagiat : du copier-coller aux emprunts sophistiqués
Le plagiat consiste à s’approprier une expression, une structure ou une formulation sans reconnaître l’auteur. Il peut être grossier, par simple copier-coller, ou plus subtil, via une réécriture qui conserve l’architecture argumentative. Dans les dossiers que l’on voit émerger, la seconde forme est souvent la plus difficile à trancher.
Dans le cas de Lina, l’alerte ne vient pas d’un passage identique. Au contraire, un relecteur repère un enchaînement d’idées, très proche d’un article antérieur, avec des synonymes et des inversions. Ce type de plagiat se niche dans le “rythme” d’un texte, et il exige une comparaison attentive. Faut-il parler d’inspiration ou d’appropriation ? La réponse dépend des indices cumulés.
Il faut aussi distinguer l’emprunt licite de l’emprunt dissimulé. Le droit admet la citation, mais elle suppose des conditions strictes : courte, justifiée, contextualisée et référencée. Dès que la reprise remplace l’apport personnel, la ligne rouge apparaît nettement.
3. La Fraude Scientifique : Falsification, Fabrication et Manipulations

La fraude scientifique vise plutôt la vérité des résultats que la paternité d’une phrase. Elle englobe :
- La fabrication de données (inventer des résultats ex nihilo).
- La falsification de figures ou d’images.
- La manipulation d’un protocole pour obtenir un effet attendu (le p-hacking).
- La fraude “administrative”, par exemple en présentant comme acquis un travail non réalisé.
Dans un laboratoire, un tableau de résultats trop parfait peut susciter une suspicion légitime. Or, l’effet domino est redoutable : d’autres équipes basent leur recherche sur une conclusion fausse, puis perdent du temps et des financements. Ainsi, la fraude ne lèse pas seulement un auteur, elle trompe une communauté entière.
À Valmont, l’enquête interne montre parfois un mélange : des données sélectionnées, puis un texte qui reprend des passages d’un rapport externe. Ce chevauchement explique pourquoi la prévention doit couvrir les méthodes et l’écriture. Finalement, l’intégrité se joue autant dans le cahier de laboratoire que dans la bibliographie.
Tableau comparatif : Différences majeures
Pour clarifier, il est utile de comparer les deux notions par leur objet. Le plagiat vise l’appropriation d’une forme ou d’un texte, tandis que la fraude scientifique vise l’altération de la preuve.
| Critère | Plagiat | Fraude scientifique |
| Atteinte principale | Paternité et originalité de l’expression | Fiabilité des résultats et de la méthode |
| Éléments de preuve | Comparaison de textes, plans, formulations | Données brutes, protocoles, traçabilité |
| Victime directe | L’auteur original (dépossession) | La communauté scientifique (tromperie) |
| Effets typiques | Litiges, sanctions disciplinaires | Rétractations d’articles, perte de confiance, risques sociétaux |
Cette distinction n’est pas un exercice scolaire. Au contraire, elle conditionne la réponse : médiation, discipline, ou action judiciaire. Et surtout, elle aide à traiter les cas sans confondre erreur, négligence et tromperie.
4. Le cadre juridique : Code de la Propriété Intellectuelle et contrefaçon
Sur le plan légal, le plagiat est classiquement analysé comme une contrefaçon. Le Code de la Propriété Intellectuelle protège l’œuvre de l’esprit, dès lors qu’elle porte l’empreinte de la personnalité de son auteur. En pratique, cela inclut souvent le choix, l’organisation et la mise en forme des matériaux.
Les juridictions rappellent régulièrement qu’un fait brut n’appartient à personne (voir notre article sur la protection des idées). Toutefois, l’assemblage original d’archives, l’angle d’une biographie, ou la narration d’un historien peuvent être protégés. On a vu des contentieux opposant biographes et essayistes, où le débat portait moins sur “les mêmes dates” que sur “la même construction”.
À Valmont, l’avis d’un juriste externe souligne un point clé : le consentement de l’auteur conditionne l’usage au-delà des exceptions. Dès lors, reprendre un passage sans autorisation ni référence peut caractériser une contrefaçon, même si l’on “change quelques mots”. Cette rigueur n’étouffe pas la recherche, elle la sécurise.
5. La dimension humaine selon l’IRAFPA : victime niée, chaîne du savoir brisée
Selon l’analyse portée par l’Institut international de recherche et d’action sur la fraude et le plagiat académiques (IRAFPA), l’enjeu symbolique est central. La victime n’est pas seulement “copiée”, elle est niée comme auteur. Or, dans le monde académique, la reconnaissance structure une carrière, une réputation et une place dans un champ.
À Valmont, l’enseignant dont le cours a été repris mot pour mot décrit une sensation de dépossession, même si l’œuvre n’était pas “commerciale”. Cette réaction s’explique : la transmission du savoir suppose une attribution juste, sinon la chaîne se rompt. Qui fera confiance à un article si sa généalogie intellectuelle est brouillée ?
L’IRAFPA souligne aussi une réalité opérationnelle : une part importante des cas relève d’une négligence déontologique plutôt que d’une fraude délibérée. Cela ne minimise pas les faits, mais oriente la réponse : formation, médiation, et réparation, en plus des sanctions.
Morale, déontologie, éthique : trois registres, une même exigence
- La morale renvoie à des valeurs personnelles.
- La déontologie fixe des devoirs liés à une fonction, notamment dans l’enseignement supérieur.
- L’éthique institutionnelle organise une réponse collective à des dilemmes, avec des procédures, des garanties et des arbitrages.
Dans un contexte de pression à la publication (Publish or Perish), les indicateurs peuvent pousser à “faire du volume”. Or, comme l’ont noté plusieurs éthiciens, la logique du chiffre change le comportement. C’est ici qu’une approche de responsabilité, proche de Hans Jonas, devient utile : agir en considérant les conséquences à long terme, même si le bénéfice immédiat est tentant.
6. Prévenir, détecter, sanctionner : du premier cycle à la commission disciplinaire
La prévention commence tôt, car les habitudes se prennent dès les premiers travaux. Les outils de détection jouent un rôle utile (voir notre comparatif des logiciels). Ils repèrent des similitudes, mais ils ne “jugent” pas. Un taux élevé peut refléter des bibliographies fournies. À l’inverse, un plagiat intelligent peut passer sous les radars. C’est pourquoi l’analyse humaine reste décisive.
Sur le plan procédural, l’université traite souvent les manquements via des commissions disciplinaires. Les termes juridiques ne sont pas toujours employés, toutefois la gravité est évaluée : intention, ampleur, récidive, et niveau d’étude. Les sanctions vont du zéro à l’exclusion (voir notre dossier sur les sanctions du plagiat de thèse), et elles peuvent s’ajouter à une action civile si une contrefaçon est invoquée.
Médiation et analyse : la méthode IRAFPA
Lorsqu’un conflit éclate, la première tentation est de désigner un coupable. La méthode décrite par l’IRAFPA combine investigation, écoute des parties et recherche d’une issue praticable.
Cette approche se veut non personnalisée : elle évite l’humiliation comme mode de gestion. Elle centre la réponse sur les conséquences concrètes pour la victime, les lecteurs et la communauté. C’est une logique de réparation, mais aussi de prévention des récidives.
7. Outils et bonnes pratiques : des réflexes concrets
Les nouvelles technologies ont accéléré les risques (duplication automatisée, IA), mais aussi les solutions. Pour sécuriser l’écriture scientifique, voici des réflexes éprouvés :
- Traçabilité : Tenir un fichier de travail où chaque emprunt est associé à une référence complète.
- Vérification : Relire la bibliographie avant dépôt, afin de vérifier que chaque passage appuyé sur un auteur est attribué.
- L’Auto-plagiat : L’auto-plagiat trouble souvent les chercheurs (comment se voler soi-même ?). En réalité, le problème n’est pas la reprise, mais l’absence de transparence (tromperie sur la nouveauté). Une règle simple : toute réutilisation substantielle doit être déclarée dans une note à l’éditeur.
Dans le récit de Valmont, la sortie de crise a tenu à une décision sobre : corriger, attribuer, et reformer. Un chapitre a été réécrit, les contributions ont été clarifiées, et un encadrant a mis en place un atelier sur l’écriture. Le conflit n’a pas disparu par magie, cependant la réparation a rétabli une continuité du savoir.
FAQ : Les questions fréquentes
Qu’est-ce qui distingue le plagiat d’une simple maladresse de rédaction ?
La maladresse tient souvent à une attribution incomplète ou à une paraphrase trop proche, sans volonté claire de dissimuler. Le plagiat implique une appropriation non reconnue d’une expression, d’une structure ou d’un enchaînement original.
Une université peut-elle sanctionner sans passer par un tribunal ?
Oui. L’enseignement supérieur dispose de procédures disciplinaires internes, avec des commissions compétentes pour apprécier les faits et décider de sanctions. Ces voies n’empêchent pas, par ailleurs, qu’un auteur engage une action civile si une contrefaçon est alléguée.
Les logiciels suffisent-ils pour prouver un plagiat ?
Non. Les logiciels signalent des similitudes, mais ils ne qualifient pas juridiquement ni éthiquement la situation. Une analyse humaine est nécessaire pour tenir compte du contexte, des formulations standard et des références.
Pourquoi la déontologie est-elle centrale pour la recherche ?
Parce qu’elle garantit la confiance dans les résultats, la reconnaissance des contributions et la possibilité de vérifier les travaux. Sans règles claires, la recherche devient difficilement reproductible et les collaborations se fragilisent. La déontologie sert donc la qualité scientifique autant que la justice entre auteurs.
Juriste spécialisé en droit et en plagiat, j’accompagne depuis plus de 20 ans les entreprises et créateurs dans la protection de leurs œuvres et la gestion des risques juridiques liés à la propriété intellectuelle. Passionné par la rigueur juridique et la défense des droits, j’apporte des solutions concrètes et adaptées à chaque situation.

